ARMH Circuit des maisons d’hôtes

La ville de Fès doit son nom à la pioche- fas, en arabe- en raison des travaux permanents dont elle est l’objet, sans doute depuis sa création. Après avoir fait connaissance avec la cuisine, les stucs, les hammams et autres spécificités de la vie fassi, vous voilà arrivés au terme de vos visites.
Il reste, néanmoins, deux points encore qui ne seront que survolés, vu leur importance, il s’agit des zelliges et de la vie spirituelle.
En ce qui concerne les zelliges, il faut savoir qu’à la base il s’agit d’un carreau d’argile vernissé – fait exclusivement manuellement – sur lequel sont tracés et taillés les divers motifs, tout aussi manuellement. Le marteau à deux lames, appelé « menkache », est l’unique instrument qu’utilise le tailleur. Toutes les pièces portent un nom. Le poseur est un autre artisan, capable de retailler les pièces qui doivent s’ajuster au plus près.
Pour construire les panneaux muraux, les fontaines ou les tables, l’artisan travaille par terre, sur l’envers avec la technique dite « à l’aveugle ». De cette manière, la face, une fois retournée est toujours extrêmement plate.
Certaines couleurs sont assez récentes et d’autres ont été créées à la demande de quelques notables. Toutefois la base reste le vert foncé, le bleu foncé, le jaune d’or, le blanc et le noir. Mais il existe environ une cinquantaine de couleurs. Quant au nombre de motifs, il est sans doute d’une centaine.
Dans les maisons récentes le blanc et le bleu domine la décoration alors que dans les plus anciennes on trouve en plus, du jaune et du vert ainsi que du noir. Le rouge fait son apparition plus tardivement. Sans doute est-ce une question de découverte technologique et, également, de prix.
Ici nous trouvons le style très classique du quartier andalou, un des plus anciens de la médina. Les Juifs s’y sont installés au XIIème siècle lorsqu’il devenait dangereux pour eux de vivre intra muros. La ville à cette époque avait une fortification intérieure jusqu’à l’oued. Ce quartier était donc isolé et excentré. On l’appelle encore le quartier des scientifiques.

Le symbolisme est fréquent dans le travail des zelliges mais peu de personnes le remarque. Les figures qui forment le décor des fontaines, partent du carré et du cercle. La plus fréquente est le sceau de Salomon ou étoile à 8 pointes que l’on retrouve sur la signalisation des circuits de la médina.
Les motifs des pièces sont généralement anodins, mais ils peuvent aussi représenter des étoiles à 5 ou 6 branches. L’étoile à 5 branches correspond aux 5 piliers de l’islam (célébrer le nom d’Allah en disant que Mohamed est son dernier prophète, 5 prières par jour, faire la Zakat –charité évaluée à 2.5% du bénéfice – faire Ramadan, et aller à la Mecque), quant à celle à 6 pointes, elle est commune à toutes les religions monothéistes, mais aussi aux alchimistes et aux astrologues.
La lune, autre pièce symbolique, est omniprésente dans les décors fassis. Elle est en rapport avec le calendrier musulman mais également avec la femme (cycle de 28 jours environ pour chacune).
Les fontaines sont bâties sur le nombre d’or et représentent toujours le cosmos. Quant au nombre de pointe de la rosace centrale, il varie de 8 à 64 (toujours des multiples de 8, ce chiffre est en relation avec les 8 portes du ciel dans le Coran). Le 8 est un chiffre symbolique dans plusieurs cultures. Il symbolise la fécondité et la puissance, entre autres acceptions.
Le travail des zelliges se transmet de façon empirique. A la base il y a l’intention de décorer son domicile avec les limites que met le Coran : Pas de personnages, ni d’animaux. Les seules représentations de la vie possibles sont les fleurs et les feuilles. Les portes, quant à elles, ont la forme de l’homme stylisé.

Ce qui nous amène à parler des pratiques religieuses à la maison et dans la médina.
Ils y a toujours de belles réunions pour les circoncisions, les mariages et les fêtes religieuses. La musique bat son plein et les invitées se parent de leurs plus beaux kaftans. Tambours, trompettes et violons ainsi que l’oud, accompagnent les soirées jusque fort tard dans la nuit. Les pâtisseries, thés et boissons sucrées circulent sans cesse. De nos jours, les hommes sont plus souvent en costumes cravates et rares sont ceux, en ville, qui s’habillent de façon traditionnelle. Les femmes sont ensemble et les hommes les rejoignent un peu plus tard dans la soirée.

Il faudrait une page pour parler des mariages. Mais l’Aïd el Kabîr nécessite autant d’attention. Il sera juste utile de souligner l’importance que prend cette fête dans la médina. Les moutons sont achetés selon les finances de chacun, tôt avant la fête, et ils sont gardés à la maison soit dans le patio, soit sur la terrasse où ils reçoivent tous les soins nécessaires, mais pour ceux qui ne le peuvent pas, les moutons sont achetés la veille, quitte à s’endetter. Certains plus fortunés achètent également un veau ou une vache en plus du mouton, qui reste l’animal traditionnel et sacrificiel, par excellence.
Avant cette fête, vers la fin du Ramadan, les enfants sont habillés et les petites filles maquillées comme des adultes. Des photos sont prises pour Achoura. C’est un peu leur fête et ils reçoivent des cadeaux comme à noël, mais beaucoup plus modestement. Il est davantage question de leur acheter de beaux habits. Mais aucune fête religieuse ne donne dans la mise en place d’un décor tant dans les maisons que dans les rues. Tout est familiale et chaleureux. Souvent on entend et on voit circuler dans la médina, des familles qui chantent, des groupes jouent de la musique, pour montrer leur joie à l’occasion de mariages ou de circoncisions. Cependant il existe une autre sorte de cérémonie plus forte. Il s’agit des funérailles.

Lorsqu’une personne décède, elle est ensevelie le plus tôt possible. Généralement le lendemain.
A cette occasion les femmes vont présenter leurs condoléances et les hommes transportent le défunt, sur une planche. Le corps est enveloppé d’un linceul blanc et recouvert d’un tissu vert. Cette couleur est la couleur de l’islam. Si la personne décédée est célibataire, une femme rétribuée pour cette activité, fait des youyous pour compenser l’absence de youyous du mariage qui n’a pas eu lieu. Cette personne ne peut pas pratiquer dans d’autres cérémonies car elle pourrait porter malheur. Son rôle est donc limité aux youyous des défunts célibataires, mais cette position ne dure pas toute le temps.
Ensuite les femmes récitent « la prière du prophète » juste au moment où on sort le mort du domicile. Ensuite les hommes prennent le relais avec leurs prières chantées. Cette tradition est typique du Maroc et de l’Egypte mais ne correspond pas aux règles de l’islam. Les chants qu’ils psalmodient à cette occasion sont très beaux et les voix d’hommes apportent une intensité pleine de ferveur. Les hommes se rendent à la mosquée à l’heure d’une prière traditionnelle et déposent la personne défunte dans une pièce attenante à la mosquée (ce qui correspond chez les catholiques à la sacristie). Lorsque la prière est finie, l’imam annonce qu’un homme ou une femme est mort. A ce moment-là une brève prière, de quatre versets est récitée. Ensuite l e défunt est enseveli sur le côté droit, côté sacré chez les musulmans. Les femmes viendront au cimetière le lendemain.

La tradition veut qu’il y ait 5 prières par jour mais à Fès il y a en a une qui est soulignée deux fois à 20 minutes d’intervalle c’est le seul endroit où cette pratique à lieu.
Dernier détail. Si vous passez dans la médina le jeudi, vous pourrez aspirer des volutes d’encens que les ménagères font bruler afin d’assainir spirituellement leur foyer, mais aussi pour lutter contre le mauvais œil. C’est dans cette intention que vous verrez des mains de Fatima sur certaines des portes.
Ces ferrures représentent les cinq doigts mais il y a aussi deux serpents et un scorpion qui remplacent les trois doigts centraux. Nous entrons là dans une autre dimension plus ésotérique. Mais c’est une autre histoire… !